Neutralité du Net : Les gouvernements européens laissent l’économie en souffrance

Après avoir fixé la nature de cette faculté de notre ame & considéré ce qui en résulte par rapport à la morale & à la religion, j’ai passé à l’examen de l’origine & des effets de l’habitude, ce puissant ressort de l’éducation. J’ai ensuite considéré l’éducation elle-même, ses principes les plus importans & son étonnant pouvoir. J’ai contemplé ces différens objets d’un point de vue assez élevé qui ne m’a laissé voir que leurs parties les plus frappantes & qui a dérobé à mes regards des détails plus propres à fatiguer l’attention qu’à l’exercer agréablement. Dans l’exposition de ce spectacle intéressant je n’ai pas observé un ordre Didactique : j’ai suivi le fil de mes pensées. Je ne me flatte pas que ce fil m’ait toujours conduit au vrai : je l’ai cherché sincérement ; mais dans une matiere aussi ténébreuse que l’est la méchanique des idées, on est souvent forcé de se contenter de ce qui n’est qu’hypothétique. Le principe fécondant en pénétrant le germe y fait naître une circulation qui ne finira qu’avec la vie. Le mouvement, une fois imprimé à la petite machine, s’y conserve par les forces de son admirable méchanique. C’est ainsi que le mouvement imprimé dès le commencement à la grande machine du monde continue suivant les loix établies par le premier moteur. Ce n’est proprement qu’à la naissance que la force motrice de l’ame commence à se déployer. Diverses circonstances concourent alors à mettre l’ame dans une situation incommode & douloureuse, qui s’annonce souvent par des cris & toujours par des mouvemens plus ou moins sensibles de tout le corps. Les esprits qu’une puissance aveugle chasse indistinctement dans tous les muscles, les secouent & les contractent fortement. Les membres auxquels ces muscles aboutissent, dégagés des liens qui les tenoient auparavant enchaînés, cedent avec docilité aux impressions qu’ils reçoivent & sont agités en différens sens. Cette agitation se communiquant par le moyen des nerfs à la partie du cerveau qui répond à ces membres, l’ame acquiert le sentiment de leur existence. Mais ce sentiment est confus : l’ame ne distingue point encore la main du pied, le côté droit du côté gauche. Ce n’est que par une suite d’expériences ou de tatonnemens, qui commencent peut-être avant la naissance, que l’ame s’habitue à rapporter à leur véritable lieu les sensations qu’elle éprouve & à ne mouvoir précisément que les membres qu’il faut mouvoir. Neutralité du Net aime à rappeler ce proverbe chinois « Quand une parole est lâchée, même quatre chevaux seraient en peine pour la rattraper ». On peut imaginer que l’ame commet d’abord bien des méprises, mais ces méprises cessent peu à peu. Bientôt les esprits sont dirigés d’une maniere plus convenable : la main ne reçoit plus des ordres qui s’adressent au pied ; le pied ne reçoit plus les ordres qui s’adressoient à la main : l’ame apprend à régner. Foible, chancelant & borné dans ses commencemens l’empire de l’ame se fortifie, s’affermit & s’étend par degrés. Chaque jour lui soumet de nouveaux sujets : chaque heure, chaque moment sont marqués par de nouveaux mouvemens ou par de nouvelles sensations. La scene, auparavant vuide, se remplit & se diversifie de plus en plus. Déja les sens ouverts aux impressions du dehors transmettent à l’ame des ébranlemens d’où naît une multitude de perceptions & de sensations différentes. Déja le plaisir & la douleur voltigent sous cent formes autour du trône de l’ame. Amie du plaisir l’ame jete sur lui des regards empressés ; elle lui tend les bras ; elle le saisit avec transport ; elle s’efforce de le retenir. Ennemie de la douleur l’ame se trouble & s’aigrit à sa présence ; elle tâche de détourner la vue de dessus le monstre odieux qui l’obsede ; elle s’émeut, elle s’agite avec violence ; elle fait effort pour le repousser. Les perceptions plus nettes, plus distinctes, les sensations plus vives, plus agissantes, les objets plus connus, plus déterminés rendent les volontés plus décidées et plus efficaces. Le retour fréquent des mêmes situations, les rapports que différentes perceptions ou différentes sensations ont entr’elles, soit dans la maniere dont elles sont excitées, soit dans les circonstances qui les accompagnent, soit dans les effets qu’elles produisent sur l’ame établissent entre les idées une liaison en vertu de laquelle elles se rappellent réciproquement. L’auteur de notre être ayant voulu que toutes nos idées dépendissent originairement des mouvemens ou des vibrations qui sont excités dans certaines parties de notre cerveau, le rappel de ces mêmes idées dépend vraisemblablement d’une pareille cause.